Croyances et injonctions en équitation : leur influence sur le cavalier et le cheval
Nos croyances et injonctions influencent notre équitation : notre confiance, notre progression, notre technique équestre et notre relation au cheval. Et si nous apprenions à les questionner ?
Équitation Sophrologique - Par Romain Basmaison, le 7 aout 2026
Croyances et injonctions en équitation : ce qui guide parfois notre pratique sans que nous en ayons conscience
En équitation, nous avons tous des idées sur ce qu'est un bon cavalier, sur la manière dont un cheval fonctionne, sur ce qu'il faut faire pour progresser, sur ce qui est normal ou non dans l'apprentissage et dans la relation au cheval. Certaines de ces idées reposent sur des savoirs, d'autres sur nos expériences. Mais certaines sont aussi des croyances en équitation que nous avons intégrées au fil du temps, parfois sans même avoir conscience qu'il s'agit de croyances.
Il en va de même pour les injonctions. Nous avons appris, explicitement ou implicitement, qu'un cavalier devait être courageux, persévérant, fort, qu'il devait parfois souffrir pour progresser, remonter lorsqu'il tombe, ne pas trop montrer ses difficultés ou encore être capable de monter tous les chevaux. Là encore, nous pouvons avoir tellement intégré ces principes qu'ils ne nous apparaissent plus comme des injonctions. Ils semblent simplement faire partie de l'équitation.
C'est précisément ce qui rend les croyances et les injonctions en équitation intéressantes à observer : elles sont souvent invisibles tellement elles font partie de notre cadre de référence, d'un climat social inconscient, d'héritages culturels, familiaux et de valeurs sociétales. Elles influencent notre manière de penser et nos comportements, et donc nécessairement notre manière d'interagir avec la réalité et avec le cheval. Certaines difficultés que nous attribuons à notre personnalité, à notre manque de confiance, à notre niveau technique ou même à notre cheval peuvent ainsi être entretenues par des croyances ou des injonctions que nous n'avons jamais réellement questionnées.
Prendre conscience de ces mécanismes ne signifie pas qu'il faudrait rejeter tout ce que nous avons appris. Il s'agit plutôt de développer suffisamment de connaissance de soi, de hauteur, de curiosité et d'esprit critique pour pouvoir nous demander pourquoi nous faisons ce que nous faisons et, surtout, si cela a encore du sens pour nous, pour notre cheval et pour l'équitation que nous souhaitons pratiquer.
Croyance, savoir et expérience en équitation : trois choses différentes
Une croyance est une idée que nous considérons comme vraie et évidente. Nous ne la questionnons souvent pas parce qu'elle nous a été transmise, parce que nous l'avons entendue et observée de nombreuses fois dans les mots et dans les actes de notre environnement. Progressivement, elle devient normale.
Lorsque nous avons déjà pris un peu de recul sur nos croyances, nous sommes généralement capables de dire : « Ce que je crois, c'est que… ». Cette formulation est intéressante parce qu'elle laisse déjà une place au doute, à l'exploration et à la possibilité d'un autre point de vue. À l'inverse, lorsqu'une croyance n'a jamais été identifiée comme telle, nous ne disons plus que nous croyons quelque chose : nous affirmons simplement que « c'est comme ça ».
Il convient donc de différencier une croyance d'un savoir et d'une expérience. Un savoir repose sur des connaissances vérifiées et étudiées, qui ont permis de comparer des causes, des effets et des conditions afin de produire de la connaissance. Nous sommes alors capables d'expliquer de manière concrète, factuelle et systémique pourquoi quelque chose fonctionne ainsi.
Une expérience, quant à elle, vient de ce que nous avons personnellement vécu. Une situation a produit quelque chose, a fait évoluer nos comportements ou nos pensées et nous sommes capables de relier ce que nous faisons aujourd'hui à cette expérience. D'ailleurs, nos expériences viennent souvent faire bouger nos croyances. Lorsque nous ne parvenons plus à effectuer ce mouvement, nous risquons au contraire de répéter certaines situations, certains schémas ou patterns, y compris lorsqu'ils deviennent compliqués.
La croyance se situe finalement quelque part entre le savoir et l'expérience. Elle peut provenir d'expériences accumulées, mais aussi de la tradition, d'un précédent savoir qui s'est transmis au fil du temps en perdant parfois une partie de sa compréhension et de son contexte. Une tradition autrefois assez sensée peut alors progressivement devenir une croyance généralisée que nous suivons sans réellement savoir pourquoi.
Et c'est ici qu'une question très simple peut devenir particulièrement intéressante : pourquoi ?
Lorsque nous faisons quelque chose avec notre cheval et que nous sommes incapables d'expliquer pourquoi nous le faisons, quel sens cela a et quelle logique habite notre action, notre comportement risque de devenir peu agile et rigide. Le fameux « je ne sais pas, c'est comme ça » peut alors devenir problématique, pour les humains qui collaborent entre eux, mais évidemment aussi pour les chevaux.
Les croyances équestres sont aussi un héritage
Les croyances sont particulièrement puissantes dans le milieu équestre parce que notre rapport au cheval est profondément marqué par la tradition et par l'histoire de son utilisation. Le cheval a servi à conquérir et combattre, au labeur et au travail dans les champs, au transport et au déplacement. Aujourd'hui, dans nos pays développés, notre rapport au cheval est davantage tourné vers le plaisir et le sport, mais nous restons les héritiers de cette histoire.
Ces utilisations successives du cheval ont créé des manières de le considérer, de travailler avec lui et de penser l'équitation. Certaines de ces idées se sont transmises de génération en génération jusqu'à devenir des évidences que nous continuons parfois de reproduire sans les remettre en question.
Nous pouvons penser, par exemple, que « le cheval teste son cavalier ». Pourtant, si nous nous déplaçons d'un point de vue comportemental et que nous sortons de l'anthropomorphisme, c'est-à-dire de notre tendance à prêter au cheval des intentions et des fonctionnements humains, la notion de test devient beaucoup moins évidente.
Nous pouvons également avoir intégré qu'il faut « montrer qui est le chef », qu'un bon cavalier ne tombe pas ou, au contraire, qu'il faut être tombé cent fois pour devenir un bon cavalier. Nous pouvons croire qu'il faut de la main pour tenir un cheval et le mettre en équilibre, que certains chevaux sont méchants ou qu'ils « se foutent de nous ». Nous pouvons encore considérer qu'il faut souffrir pour réussir, qu'il faut que ce soit dur, ou que certaines situations difficiles voire violentes sont simplement normales dans un processus de progression.
Le problème n'est pas seulement ce que nous pensons. Ce que nous croyons va donner une couleur à notre équitation, une orientation à nos comportements et à nos actions techniques. Une croyance sur le cheval influence ce que nous allons interpréter de lui et de ses signaux. Certaines croyances peuvent ainsi nous éloigner d'une interprétation plus juste de son fonctionnement, de sa nature de proie, de son fonctionnement psychique ou biomécanique.
Nos croyances influencent également notre manière d'apprendre et de progresser. Si nous considérons que la progression doit nécessairement passer par la souffrance ou par de grandes difficultés, nous risquons de construire notre apprentissage à partir de cette représentation. Chez des cavaliers ou des chevaux qui manquent déjà de confiance, certaines de ces croyances peuvent devenir particulièrement délétères et parfois gâcher de véritables talents, tant chez le cavalier que chez le cheval.
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Pourquoi continuons-nous parfois à croire ce qui nous fait pourtant souffrir ?
Les croyances sont transmises dans les clubs et les écuries en fonction de ce que les enseignants, les entraîneurs, les dirigeants ou les autres cavaliers ont eux-mêmes vécu et de ce qu'ils croient. Cela crée progressivement un système de valeurs et de normes propre à un environnement.
La figure d'autorité joue ici un rôle important. Par son expérience et par sa posture, un enseignant peut involontairement transformer sa propre représentation de l'équitation en vérité : c'est ainsi, c'est normal, c'est ce qu'il faut faire. Et nous avons probablement tous, avec le recul, repensé à certaines situations vécues dans notre parcours équestre en nous disant que, finalement, ce que nous trouvions parfaitement normal à l'époque ne nous paraît plus acceptable aujourd'hui.
Cela ne signifie pas nécessairement que nos enseignants nous ont volontairement transmis quelque chose de mauvais. Ils étaient eux-mêmes soumis à leurs croyances, à leurs influences, à leurs propres figures d'autorité et au niveau de connaissances disponible à leur époque. Nous évoluons tous à l'intérieur de systèmes de croyances qui guident en partie nos actions tant que nous ne les avons pas conscientisés.
Notre cerveau possède également des biais cognitifs, sortes de raccourcis dans nos chemins neuronaux qui nous permettent de prendre des décisions et de percevoir rapidement notre environnement. Ces mécanismes sont utiles et participent à notre fonctionnement naturel, mais ils peuvent également nous faire passer à côté d'une partie de la réalité. Le biais de négativité, par exemple, nous amène plus facilement à nous concentrer sur le manque ou le danger et peut nous empêcher de voir les opportunités ou les progressions déjà acquises.
D'autres biais nous poussent à adopter les croyances d'un groupe afin d'être acceptés, à penser, dire ou faire comme la majorité que nous percevons dans notre environnement social. Et c'est précisément à cet endroit que nous pouvons passer progressivement de la croyance à l'injonction.
Les injonctions en équitation : ce que nous pensons devoir être pour être acceptés
Une injonction est une attente implicite du groupe ou d'une personne du groupe social que nous avons perçue et qui nous pousse à agir d'une certaine manière, souvent sans que personne ne l'ait clairement exprimée. Nous avons déduit que nous devions être ou agir ainsi pour correspondre à ce que l'on attendait de nous et, en sous-jacent, pour préserver notre appartenance au groupe.
Ce fonctionnement est profondément humain. Notre besoin de sécurité est historiquement lié à notre besoin d'appartenance. À l'état naturel, appartenir à un groupe social permettait d'additionner les forces pour subvenir à nos besoins physiologiques et de sécurité : accéder à la nourriture, pouvoir se reposer, se protéger des prédateurs. Nous portons donc un héritage cognitif dans lequel être accepté par le groupe possède une importance considérable.
Les injonctions commencent souvent très tôt. « Ce n'est pas beau une petite fille qui se met en colère » peut devenir « sois sage, sois douce, sois gentille ». « Un garçon ne pleure pas » peut devenir « sois fort, ne montre pas tes émotions ». « De toute façon, toi, tu réussis toujours » peut être intégré comme « je n'ai pas le droit d'échouer ».
Et évidemment, nous retrouvons ces mécanismes dans les écuries. Si l'on nous a souvent répété que nous étions courageux parce que nous montions tous les chevaux sans nous poser de questions, nous pouvons progressivement intégrer que nous n'avons pas le droit d'avoir peur, que nous devons toujours aller au feu ou prendre des risques. Ce qui ressemblait initialement à un compliment devient alors une règle implicite à propos de nous-mêmes.
C'est d'ailleurs ce qui différencie l'injonction d'un conseil ou d'une règle. Un conseil est une suggestion que nous pouvons choisir de suivre ou non. Une règle est une consigne explicite et factuelle dont nous pouvons comprendre les conséquences. L'injonction possède une empreinte émotionnelle différente : nous avons l'impression que si nous ne la respectons pas, quelque chose de notre intégrité émotionnelle ou sociale est en danger. Le regard de l'autre et notre besoin de reconnaissance deviennent alors prépondérants.
Pression mentale et regard des autres : lorsque nous cherchons à correspondre à l'image du « bon cavalier »
Dans les clubs et les écuries, la présence des autres cavaliers, des enseignants, de l'entourage ou du public peut renforcer les injonctions parce que nous cherchons naturellement à correspondre à l'image du bon cavalier, ou plus précisément à l'image que nous croyons devoir renvoyer.
Nous finissons alors par intégrer ce que les autres ont dit, attendu, laissé entendre ou parfois simplement ce que nous avons projeté de ce qu'ils pensaient de nous. C'est aussi ce qui fait toute la force de l'injonction : une partie repose sur des déductions, un imaginaire, des peurs et des émotions. Une petite attente exprimée un jour peut progressivement devenir une règle générale sur la manière dont nous devons être.
« Il faut souffrir pour réussir », « il faut que tu en chies », « il faut que ce soit dur », « fais un effort », « il faut mériter ta réussite » peuvent ainsi orienter profondément nos comportements et nos choix avec les chevaux.
Il en va de même avec l'injonction selon laquelle il faudrait toujours remonter immédiatement après une chute. Peut-être est-ce pertinent dans certaines circonstances, mais pas nécessairement dans toutes. S'il existe une blessure physique, la question se pose évidemment, mais nous pouvons aussi considérer une blessure mentale ou émotionnelle. Dans certaines situations, retravailler à pied, pratiquer quelques exercices psychocorporels puis remonter plus tard sera peut-être beaucoup plus adapté.
Encore une fois, l'objectif n'est pas de remplacer une injonction par une autre. Il s'agit de retrouver de la curiosité, du bon sens et de la capacité à prendre de la hauteur. Nous pouvons nous demander : « Pourquoi faudrait-il nécessairement remonter tout de suite ? Qui dit cela ? Quelle est la logique derrière cette affirmation ? »
Et souvent, lorsque nous commençons réellement à poser ces questions, nous découvrons que ce qui nous semblait être une évidence est beaucoup moins solide que nous le pensions.
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Progression du cavalier : nous n'avons peut-être pas tous besoin d'avancer de la même manière
L'injonction de progression est également très présente dans notre société et dans le sport. Nous pouvons considérer qu'un jeune cavalier doit progresser vite, qu'il doit rapidement atteindre un certain niveau ou acquérir certaines compétences.
Pourtant, certains cavaliers ont peut-être besoin de fonctionner comme un bambou qui, pendant plusieurs années, développe de grandes racines avant de pousser soudainement très haut. Il peut être nécessaire de consolider certaines choses, d'amener de la sécurité émotionnelle et de la positivité mentale avant de chercher une progression technique fulgurante.
La comparaison peut évidemment renforcer cette pression. Nos sociétés de productivité et de performance nous ont habitués très tôt aux classements, aux notes, aux plus forts et aux moins forts, et la compétition peut encore exacerber ces mécanismes.
Pour autant, la comparaison n'est pas nécessairement négative. Elle devient un poison lorsqu'elle vient nous humilier par rapport aux forces des autres, mais elle peut devenir une grande source d'inspiration lorsqu'elle est empreinte de curiosité, d'esprit critique et de réflexion. Lorsque nous devenons adultes, il existe alors tout un travail auto-éducationnel qui consiste à nous rééduquer dans notre rapport aux autres, à la réalité, aux chevaux et aux situations équestres, à nous introspecter et à faire légèrement bouger nos prismes, comme si nous changions de lunettes pour regarder autrement notre expérience.
Des messages contraignants aux messages permissifs
L'analyse transactionnelle apporte un éclairage particulièrement intéressant sur les injonctions avec cinq messages contraignants : sois parfait, sois fort, dépêche-toi, fais plaisir et fais un effort.
Nous pouvons tous reconnaître une partie de ces cinq messages en nous, avec souvent deux ou trois qui sont particulièrement forts et qui peuvent évidemment s'exprimer dans notre équitation.
« Sois parfait » peut nous amener à vouloir que tout soit impeccable et à vivre difficilement l'erreur. « Sois fort » peut nous pousser à ne pas montrer nos émotions ou nos difficultés. « Dépêche-toi » peut nous empêcher de respecter notre temporalité ou celle du cheval. « Fais plaisir » peut nous rendre difficile le fait de dire non à un enseignant ou à notre entourage. « Fais un effort » peut nous conduire à poursuivre systématiquement lorsque c'est difficile, même lorsque nous aurions besoin de ralentir ou de nous reposer.
Lorsque nous avons identifié une injonction, nous pouvons commencer à mettre en face un message permissif : « Je fais de mon mieux à chaque instant et c'est suffisant », « c'est fort d'être vulnérable », « mes faiblesses et mes forces peuvent coexister », « j'ai le droit de prendre le temps », « je gagne du temps à prendre mon temps », « je respecte mes besoins et ceux des autres », « j'ai le droit de me reposer ».
Ces messages permissifs ne servent pas simplement à produire une pensée positive. Ils permettent progressivement de remettre du confort dans notre mode de pensée, notre rapport à nous-mêmes et nos comportements et, lorsque nous les projetons dans le secteur équestre, de remettre du confort et de l'harmonie dans notre rapport au cheval et dans notre équitation.
Quand nos injonctions prennent la place qui devrait être disponible pour notre cheval
Les injonctions produisent beaucoup de pression mentale. Elles peuvent créer un discours interne intense, parfois presque cornélien, parce qu'une partie de nous ressent quelque chose tandis qu'une autre cherche à correspondre à ce que nous croyons devoir être. Nous pouvons ressentir de la peur tout en nous répétant que nous devons être courageux, avoir besoin de ralentir tout en considérant qu'il faut faire un effort, ou ne plus être d'accord avec une situation tout en ayant intégré que nous devons écouter notre enseignant.
Tout cela prend beaucoup d'espace mental. Or cet espace n'est alors plus disponible pour notre cheval, notre équitation et la clarté de notre collaboration.
À force de répondre aux injonctions, nous pouvons progressivement perdre du plaisir, nous éloigner de nos besoins fondamentaux et de nos valeurs, dépasser nos limites, notre cadre éthique ou les limites du cheval. Nous pouvons finir par faire des choses qui ne sont plus alignées avec ce que nous souhaitons réellement vivre dans notre équitation et dont, parfois, nous ne sommes pas fiers lorsque nous rentrons chez nous le soir.
C'est pourquoi nous pouvons aussi revenir à des questions extrêmement simples : pourquoi montons-nous aujourd'hui ? Quelle est notre intention ? Avec quoi avons-nous envie de repartir de notre séance ? Comment avons-nous envie de rentrer chez nous ce soir et dans quel état ?
Remettre le plaisir, la relation, la lenteur, la conscience, la présence, les sens, le toucher, l'odeur ou encore les paroles douces envers le cheval au centre de notre pratique peut paraître idyllique lorsqu'on l'énonce ainsi. Pourtant, tout cela devient extrêmement concret dans notre quotidien. C'est une caresse, une manière de parler au cheval, de nous parler à nous-mêmes, une façon d'entrer dans une séance et de décider de ce que nous souhaitons réellement y vivre.
Faire évoluer nos croyances pour retrouver confiance, conscience et liberté dans notre équitation
Se libérer de nos croyances et de nos injonctions demande donc d'abord de les identifier. Nous pouvons nous demander : qui dit cela ? Pourquoi ? Pourquoi cette croyance serait-elle vraie ? Quelle est la logique qui se trouve derrière cette injonction ?
Nous pouvons également observer davantage le cheval et sa nature, nous intéresser à son fonctionnement de proie, au développement de son cerveau et de son corps, à son fonctionnement biomécanique et psychique. Et parallèlement, nous pouvons observer la nature humaine et nous intéresser à notre propre fonctionnement corporel, mental et émotionnel afin de mieux distinguer ce qui appartient à l'humain de ce qui appartient réellement au cheval.
Cela demande de développer notre curiosité quant à l'usage du matériel, aux logiques d'entraînement et aux processus de progression, de nous confronter à d'autres approches et à d'autres champs de savoir. Mais cela nous demande aussi parfois de remettre en question ce que nous avons appris jusqu'ici et ce que nous avons longtemps considéré comme vrai.
Et cette étape n'est pas toujours facile. Si ce que nous croyions de l'équitation ou de notre relation au cheval n'est plus vrai à 100 %, alors qu'est-ce qui reste vrai ?
Nous pouvons justement revenir à quelque chose de plus essentiel : nos valeurs, notre pourquoi, la raison pour laquelle nous montons à cheval et avons envie de nous connecter au cheval. Nous pouvons construire de nouvelles considérations et de nouvelles pensées logiques qui vont à leur tour nous rassurer et nous guider. Non plus parce que « c'est comme ça », mais parce que nous avons choisi consciemment la manière dont nous souhaitons pratiquer.
Cette prise de conscience passe aussi par notre capacité à poser nos limites. Savoir dire non à une figure d'autorité n'est pas toujours facile, surtout lorsque nous avons intégré l'injonction selon laquelle il faut écouter l'enseignant et se taire. Pourtant, nous pouvons développer notre assertivité, cette capacité à nous exprimer clairement en tant que nous-mêmes, sans accuser l'autre. Nous pouvons dire qu'un exercice n'est plus aligné pour nous, que nous préférons arrêter, revenir à quelque chose de plus simple, travailler à pied ou revenir au pas.
Et lorsque nous faisons bouger nos propres croyances et nos propres injonctions, quelque chose peut également bouger autour de nous. Notre entourage, nos enseignants et notre environnement sont amenés à rencontrer une autre manière de penser et de pratiquer. En faisant évoluer notre propre système, nous participons aussi, à notre échelle, à faire évoluer celui de l'équitation.
Sophrologie et équitation : rendre ce changement concret avec l'Équitation Sophrologique
C'est précisément dans cet espace que s'inscrit l'Équitation Sophrologique, la Sophrologie appliquée à l'Équitation. La Sophrologie est pour moi un moyen de changer de paradigme, de déplacer notre point de vue et de retrouver un alignement qui nous épanouit dans notre pratique, tout en développant une technique équestre qui devient plus harmonieuse et davantage en lien avec nos valeurs.
Car nous pouvons mettre de l'amour dans la technique équestre. L'amour, les valeurs ou l'harmonie peuvent sembler être des concepts abstraits, alors qu'ils peuvent devenir extrêmement concrets dans notre équitation. Ils se traduisent dans l'usage de notre respiration à cheval, dans notre conscience musculaire, articulaire et axiale, dans notre gestion émotionnelle, notre préparation mentale, notre intention et notre manière d'utiliser nos aides.
Les exercices de relaxation dynamique et plus largement les exercices de sophrologie permettent précisément de faire rencontrer ce travail de conscience avec la matière du corps et de l'équitation. Nous ne restons plus uniquement dans une réflexion intellectuelle sur nos croyances et nos injonctions : nous pouvons progressivement traduire cette évolution dans notre état de corps, notre état d'esprit et nos comportements avec le cheval.
La Sophrologie a été pour moi un moyen très concret de faire évoluer les injonctions et les croyances qui guidaient jusqu'alors ma pratique. C'est également ce que je propose aujourd'hui à travers l'Équitation Sophrologique : développer notre conscience en tant que cavalier afin de pouvoir faire évoluer nos automatismes, nos points de vue et notre manière d'être avec le cheval, au service d'une équitation plus consciente, plus fluide et plus alignée.
Il arrive que nous cherchions longtemps à résoudre certaines difficultés uniquement par la technique : mieux placer notre jambe, mieux utiliser notre main, mieux contrôler notre peur, mieux nous concentrer, être plus volontaire ou simplement « prendre sur nous ». Pourtant, lorsque les mêmes difficultés reviennent, lorsqu'une situation équestre génère une pression disproportionnée, lorsque nous savons techniquement ce qu'il faudrait faire mais que quelque chose en nous semble nous en empêcher, il peut être intéressant de regarder ailleurs.
Peut-être qu'à cet endroit, il ne nous manque pas seulement une compétence. Peut-être rencontrons-nous une croyance, une injonction, un automatisme corporel, mental ou émotionnel qui mérite d'être conscientisé et travaillé autrement.
C'est aussi le sens d'un accompagnement en Équitation Sophrologique : ne pas opposer la technique au mental, le corps à l'esprit ou le cavalier au cheval, mais travailler sur ce système dans son ensemble afin que ce que nous comprenons puisse progressivement être ressenti, expérimenté puis incarné dans notre équitation.
Si certaines situations évoquées dans cet article résonnent avec votre propre expérience de cavalier, elles peuvent donc constituer un point de départ. Non pas nécessairement pour chercher immédiatement à les faire disparaître, mais d'abord pour les comprendre, les questionner et observer ce qu'elles produisent concrètement dans votre corps, votre mental, vos émotions, votre technique et votre relation avec votre cheval.
Car derrière la question de nos croyances et de nos injonctions, il existe peut-être une question plus essentielle encore : quelle équitation souhaitons-nous réellement vivre lorsque nous cessons simplement de reproduire celle que nous pensions devoir pratiquer ?
Pour pratiquer à ton rythme
Le programme en ligne Équitation Sophrologique
Un accompagnement progressif pour développer la conscience corporelle, la régulation émotionnelle et la qualité de présence à cheval.Le livre Équitation Consciente
Pour approfondir ces notions de fluidité et de fonctionnement, comprendre les liens entre psychisme, corps et relation au cheval, et nourrir une pratique plus alignée.
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