Vers une équitation sans mors… et un usage du mors éclairé en équitation
Équitation Sophrologique - Par Romain Basmaison, le 5 mars2026
Le débat autour du mors est souvent polarisé. D’un côté, certains prônent son abandon total au nom du bien-être animal. De l’autre, certains défendent son usage comme indispensable à la performance et à la précision. Pourtant, cette opposition simplifie excessivement une réalité beaucoup plus complexe.
La question n’est ni “faut-il monter sans mors ?” ni “le mors est-il bon ou mauvais ?”.
La question fondamentale est :
Quelle est la qualité de la communication entre le cavalier et le cheval ? Elle est relationnello-émotionnelle et technique !
Aborder cette réflexion de manière rigoureuse implique d’intégrer à la fois la biomécanique équine, la conscience corporelle du cavalier, sa conscience mentale et émotionnelle - et donc la conscience et l'éthique mises dans la pratique.
1. Le mors : un outil biomécanique, pas un symbole
Le mors est un outil. Il est inactif en lui-même. Il ne produit aucun effet sans l’action de la main du cavalier. Il ne doit donc ni être diabolisé ni banalisé.
D’un point de vue biomécanique, son action dépasse largement la simple bouche. Dans notre épisode de podcast dédié à ce sujet, Julie Duteil (bit & bridle fitteuse), explique que la langue est reliée à l’appareil hyoïdien, lui-même connecté au larynx, au pharynx, puis aux chaînes musculaires ventrales et dorsales. Toute pression exercée au niveau lingual ou mandibulaire peut influencer :
la mobilité de l’encolure
la protraction des antérieurs
la tension de la ligne du dessus
l’engagement des postérieurs
Un mors trop volumineux, mal adapté ou utilisé avec une pression excessive peut limiter la mobilité. À l’inverse, un mors correctement choisi, introduit progressivement et utilisé avec finesse peut devenir un point de référence stable, facilitant l’organisation du mouvement. Le mors n’est donc pas seulement un outil pour tourner ou s’arrêter. Il peut constituer un alphabet de communication précis.
2. Ne pas banaliser : la responsabilité du cavalier
Utiliser un mors implique une responsabilité. Le cavalier doit être attentif à plusieurs indicateurs :
l’état des commissures
l’absence de blessures ou de pincements
la mobilité naturelle des oreilles
la qualité du balancier de l’encolure
la symétrie du contact
Un cheval qui présente des défenses répétées (langue qui passe au-dessus, contracture de la nuque, absence de mobilité, contact instable) exprime un inconfort qu’il convient d’analyser.
Il est également important de considérer l’historique du cheval. La mémoire sensorielle existe. Une expérience négative peut laisser une trace durable dans la perception du contact. Ne pas banaliser le mors, c’est accepter que son usage exige conscience, précision et humilité.
3. Ce que l’équitation sans mors révèle
L’exploration du sans mors possède une grande valeur pédagogique. Elle met immédiatement en évidence :
l'équilibre du cavalier et son fonctionnement, indépendamment des rênes
l'usage de son assiette pour accompagner et varier l'allure
la capacité à différencier temps de demande et de non demande pour être clair
la cohérence des aides et de leur placement subtile
l'usage de la respiration comme aide naturelle subtile
Sans mors, il devient impossible de compenser un déséquilibre par une retenue de main. Le sans mors agit comme un révélateur des fondations. C'est d'ailleurs pour cela, en plus des bienfaits biomécaniques, de réaliser la détente aux 3 allures rênes longues en début de séance : pour laisser le cheval se détendre dans les allures du moment et, pendant ce temps, "régler" notre posture en pleine responsabilité et cohérence avant d'exiger des choses plus complexes - qui, logiquement, ne se demande qu'après un échauffement doux pour le corps du cheval et du cavalier. Bien sûr, les rênes restent disponibles "au cas où" pour freiner ou rediriger. Comme une bouée de secours.
4. Le contact : une construction technique permanente
La notion de “bon contact” est complexe. Il ne s’agit ni d’une absence totale de tension, ni d’une traction constante. Le contact doit être :
constant
mobile
symétrique
adapté au niveau du couple
cohérent avec l’équilibre
Un contact instable — ni franchement présent, ni réellement absent — crée davantage de confusion et d'inconfort qu’un contact clair. Je dis souvent à mes élèves de choisir : "soit rênes ajustées avec contact constant, soit rênes complètement longues - mais pas entre les deux !". L’objectif n’est pas la légèreté apparente mais la mobilité constante.
J'aime utiliser la métaphore de l'arbre, tant pour la mise en main que pour le fonctionnement du cavalier (voir mon livre Équitation Consciente aux éditions Vigot). Lorsque les postérieurs (les racines) sont engagés, que la chaîne dorsale est soutenue (tronc) et que le cavalier est stable dans ses pieds (ses racines) et mobiles dans ses bras (branches qui accompagnent le vent : le mouvement du cheval), la nuque du cheval (les feuilles) et sa bouche (la fleur) deviennent moelleuses. On observe alors un effet “accordéon” :
rênes raccourcies → cheval qui se rassemble
rênes allongées → cheval qui s’étire
grammage constant
Sans racines, pas de tronc. Sans tronc, pas de branches. Sans branches pas de feuilles. Sans feuilles pas de fleurs.
Sans impulsion du cheval et de stabilité du cavalier, pas de bon fonctionnement du dos du cheval. Sans bon fonctionnement des bras du cavalier, pas bon fonctionnement du dos du cheval. Sans bon fonctionnement du dos du cheval, pas de souplesse dans la nuque. Sans souplesse dans la nuque et liberté de la mâchoire, pas de moelleux dans la bouche. Sans tout cela, pas de réelle mise sur la main, pas de liant.
6. La dimension corporelle du cavalier
Le contact dépend autant du cavalier que du cheval. Le cavalier influence la qualité du liant par :
son asymétrie droite/gauche
sa tonicité musculaire
sa mobilité d’épaules et de coudes
son état émotionnel
sa capacité à percevoir son schéma corporel
Un cavalier dissymétrique ou tendu compense souvent inconsciemment par la main. Le travail hors selle (renforcement, mobilité, conscience corporelle, respiration) devient alors un levier essentiel pour affiner l’usage du mors — ou s’en passer momentanément. En stage, je fais toujours faire des exercices de liant entre cavaliers, à pied pour sentir ce qu'est un contact constant dans les allures.
Les exercices de sophrologie équestre, pratiqués au pas, permettent de mettre de la conscience dans ses gestes et de préparer l'esprit organiser le corps pour le liant.
7. Moins faire pour mieux faire
Un principe transversal émerge : lorsque la tension apparaît, il est souvent plus pertinent de faire moins plutôt que plus.
Relâcher. Redonner de la mobilité. Revenir au rythme naturel. Vérifier son propre état interne. Revenir à la symétrie de son propre corps par rapport à l'axe vertébral du cheval (métaphoriquement un miroir).
Que l’on monte avec ou sans mors, cette logique demeure identique.
Conclusion
L’équitation sans mors ne s’oppose pas à l’équitation avec mors. Elle en révèle les fondations. Le mors n’est ni un symbole de violence ni un garant de précision. Il est un outil qui exige :
connaissance biomécanique
sens du contact
travail corporel
clarté mentale
responsabilité éthique
La véritable question n’est pas “avec ou sans ?”. Elle est : Suis-je capable de suivre l'allure avec neutralité, et d’influencer sans contraindre ?
Lorsque la réponse devient oui, le mors cesse d’être une nécessité compensatoire. Il devient un outil de connexion et de travail biomécanique parmi d’autres, intégré dans une équitation construite, consciente et équilibrée.
Pour pratiquer à ton rythme
Le programme en ligne Équitation Sophrologique
Un accompagnement progressif pour développer la conscience corporelle, la régulation émotionnelle et la qualité de présence à cheval.Le livre Équitation Consciente
Pour approfondir ces notions de fluidité et de fonctionnement, comprendre les liens entre psychisme, corps et relation au cheval, et nourrir une pratique plus alignée.
Pour vivre l’expérience sur le terrain
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Pour les enseignants d’équitation
Formation professionnelle Enseignant Équitation Sophrologique – 2026/2027
Une formation destinée aux enseignants souhaitant intégrer durablement cette approche dans leur pédagogie.Calendrier :
• Module 1 : 16 au 20 novembre 2026
• Module 2 : 18 au 22 janvier 2027
• Module 3 : 22 au 26 février 2027


