Comment préserver sa motivation équestre dans un monde en perte de sens ?

Équitation Sophrologique - Par Romain Basmaison, le 4 novembre 2026

Il m'arrive de me sentir assez seul dans certains de mes questionnements existentiels. Des questionnements sur le monde, la direction que prend l'humanité, notre rapport au vivant et aux ressources naturelles, et finalement le sens que nous donnons à nos activités, à nos métiers et à nos passions.

Peut-être vous posez-vous aussi ce genre de questions. Peut-être viennent-elles parfois ébranler votre motivation équestre, votre envie de progresser, de participer à des compétitions ou simplement de continuer à pratiquer l'équitation comme vous l'avez toujours fait.

Car derrière cette question de la motivation du cavalier se trouve parfois une interrogation beaucoup plus large : comment continuer à prendre plaisir à ce que nous aimons lorsque nous prenons conscience de certains non-sens du monde dans lequel nous vivons ?

Quand notre passion équestre se confronte à nos questionnements sur le monde

Cet été 2026, j'ai pris une nouvelle claque face à la réalité du réchauffement climatique. Les épisodes de canicule, les incertitudes concernant l'accès à l'eau, la production de fourrage ou les conditions d'entraînement des chevaux rendent ces enjeux particulièrement concrets dans notre secteur. Et ces questions dépassent largement l'équitation. Elles m'amènent à interroger mon style de vie, mon métier et, plus largement, ce à quoi je contribue en tant qu'individu.

Quel sens cela a-t-il de travailler avec des chevaux pour sauter des obstacles, dérouler des reprises de dressage ou faire des balades, lorsque tant d'autres enjeux semblent autrement plus fondamentaux ?

Ces questionnements ne sont pas nouveaux pour moi. Dès mes vingt ans, alors que j'étais cavalier professionnel de saut d'obstacles, je vivais déjà un tiraillement entre mon amour des chevaux, le plaisir immense de monter, de construire une belle relation avec eux, et les questions que cette pratique faisait naître. Où le cheval trouve-t-il son compte ? Où s'arrête son confort ? Où s'arrête le respect ? Ces réflexions ont participé à ma décision d'arrêter ma carrière de cavalier professionnel à 25 ans.

Aujourd'hui, elles s'étendent à notre manière d'aborder le vivant et les ressources naturelles. Car notre quête du « toujours plus », qu'il s'agisse de performance, de rentabilité, de progression ou de plaisir personnel, peut finir par détériorer les conditions mêmes qui rendent ces expériences possibles. Nous pouvons ainsi, dans notre recherche de réussite, fragiliser les équilibres naturels dont dépend la possibilité même de continuer à profiter de ce que nous aimons. C'est là que se trouve, pour moi, un véritable non-sens.

Retrouver du sens et de la motivation à notre échelle

Face à l'immensité de ces enjeux, l'une des réponses que je trouve personnellement se situe dans l'humilité. Non pas une humilité qui consisterait à renoncer, mais celle qui permet de remettre les choses en perspective.

Je ne peux pas changer le monde tout seul. Je reste attaché à certains plaisirs, à mon confort, à ma passion pour l'équitation, tout en réfléchissant régulièrement à l'impact de mes actions. Je cherche donc un équilibre entre mes envies, mes convictions et ce que je suis réellement en mesure de faire évoluer.

Et lorsque mes réflexions deviennent trop vertigineuses, je reviens à une question essentielle : qu'est-ce que je peux faire, à mon échelle, avec ce que je sais faire, ce que j'aime et les moyens dont je dispose ?

Dans mon activité professionnelle, les cavaliers montent à cheval, les écuries existent, les compétitions ont lieu et les enseignants continuent à transmettre. Dans ce contexte, je peux contribuer à davantage d'harmonie entre le cavalier et le cheval, développer la conscience dans la pratique équestre et transmettre des outils pour mieux penser, ressentir et agir.

Ce n'est évidemment pas une réponse à tous les problèmes du monde. Mais si je peux contribuer à un peu plus de bien-être, de conscience et d'harmonie, alors cela a du sens pour moi. Et en plus, cela me plaît profondément.

C'est dans cette rencontre entre ce que j'aime, mes convictions et ma capacité réelle à contribuer que je retrouve une partie de ma motivation. L'humilité devient alors, pour moi, un véritable outil de paix intérieure.

Je vous invite à faire cet exercice de réflexion : identifiez ce qui vous préoccupe aujourd'hui dans votre pratique équestre ou dans le monde, puis distinguez ce qui relève de votre pouvoir d'action de ce qui vous dépasse. À quelle échelle pouvez-vous contribuer, notamment dans votre relation avec votre cheval, votre manière de vous entraîner ou vos choix de compétition ?

Faire de nos doutes quelque chose de fertile

Il y a un autre point qui me semble essentiel : notre manière de considérer le doute. Nous avons parfois tendance à penser qu'un cavalier motivé est un cavalier qui sait exactement où il va et qui ne se pose pas trop de questions. Pourtant, je trouve profondément sain de douter.

Douter du sens de nos objectifs, de notre manière de pratiquer l'équitation ou de notre rapport au cheval peut être inconfortable. Mais ces questionnements témoignent aussi d'une conscience en activité. Ils nous invitent à ne pas simplement reproduire nos habitudes par automatisme.

C'est ce que j'aime appeler le doute fertile : un doute qui ne s'arrête pas à la remise en question, mais qui permet d'affiner notre conscience et de faire évoluer nos choix.

En équitation, cela peut prendre des formes très concrètes. Pourquoi est-ce que je poursuis cet objectif avec mon cheval ? Qu'est-ce que je recherche réellement dans cette progression ? Mon cheval trouve-t-il lui aussi son compte dans notre activité ? Mes ambitions servent-elles notre collaboration ou prennent-elles parfois le dessus sur elle ?

Ces questions n'impliquent pas nécessairement de renoncer à la compétition ou à la performance. Elles permettent plutôt de les replacer dans une réflexion plus large, afin que nos objectifs soient davantage cohérents avec nos valeurs.

Je vous propose ici un exercice introspectif : choisissez un objectif équestre important pour vous et demandez-vous pourquoi il compte autant. Qu'est-ce que sa réalisation vous apporterait réellement ? À quel besoin ou à quelle valeur répond-il ? Et surtout, comment pourriez-vous poursuivre cet objectif d'une manière qui ait encore davantage de sens pour vous et pour votre cheval ?

Du questionnement à l'action : la sophrologie appliquée à l'équitation

À mes yeux, le doute devient particulièrement intéressant lorsqu'il trouve une réponse dans l'action. Car réfléchir sans jamais transformer nos questionnements en actions concrètes peut finir par nous épuiser.

La sophrologie a été pour moi une véritable révélation, car elle m'a apporté des outils pour structurer une approche holistique et consciente de l'équitation. Elle permet d'explorer l'activité mentale du cavalier, ses émotions, sa conscience corporelle et sa conscience technique, au service d'une meilleure harmonie avec son cheval.

Car notre manière d'agir ne se limite pas à nos intentions. Elle se manifeste aussi dans notre façon de penser, de respirer, de ressentir, de nous tenir et d'utiliser notre technique équestre. Notre agir est à la fois mental, émotionnel, corporel et technique.

Ainsi, si je souhaite développer une relation plus harmonieuse avec mon cheval, il ne suffit pas de me dire que je veux être plus attentif ou plus respectueux. Je peux aussi apprendre à observer mes tensions, mes émotions, mes attentes et mes automatismes, pour comprendre comment ils influencent mes actions en selle.

C'est là que nos réflexions éthiques et philosophiques trouvent une traduction concrète dans notre pratique.

Lors de votre prochaine séance d'équitation, je vous invite à observer votre état intérieur avant de monter : votre état d'esprit, vos émotions, votre respiration et votre niveau de tension corporelle. Pendant votre séance, observez comment cet état influence votre communication avec votre cheval et vos choix techniques. Puis, après être descendu de cheval, demandez-vous ce que vous avez appris sur vous-même et choisissez une chose que vous aimeriez faire évoluer.

C'est précisément dans cette capacité à agir, à notre échelle, que le doute peut devenir fertile.

Préserver sa motivation équestre en faisant évoluer le sens de sa pratique

Pour moi, le cheval symbolise le vivant. Il incarne cette intelligence de vie, ces aptitudes physiques et psychiques, cette nature avec laquelle nous avons la chance de collaborer.

Et lorsque je réfléchis à notre rapport aux ressources naturelles, je retrouve des questions très proches de celles que je me pose en équitation. Comment considérons-nous ce que le vivant nous offre ? Comment utilisons-nous ses capacités ? Avec quelles intentions et quelles limites ?

Dans les deux cas, nous pouvons privilégier notre plaisir ou notre performance au détriment des équilibres qui rendent ces expériences possibles. Mais nous pouvons aussi choisir de développer davantage de conscience, de respect et d'harmonie.

Quand nous nous posons des questions sur la vie, nous finissons souvent par nous poser des questions sur notre équitation. Et lorsque nous nous interrogeons sur notre équitation, nous pouvons aussi être amenés à questionner notre manière de vivre.

Finalement, préserver sa motivation équestre ne consiste pas nécessairement à retrouver celle que nous avions auparavant, ni à faire disparaître nos doutes. Il peut aussi s'agir de faire évoluer les raisons pour lesquelles nous montons à cheval, les objectifs que nous poursuivons et la manière dont nous souhaitons vivre notre passion.

Nous pouvons continuer à aimer profondément les chevaux, à apprécier les sensations équestres et à chercher à progresser, tout en portant un regard plus conscient sur notre pratique.

Pour ma part, c'est en revenant à cette humilité, à cette conscience et à cette possibilité de contribuer à mon échelle que je parviens à préserver ma motivation, même lorsque certains enjeux du monde me donnent le vertige.

Et si vous traversez vous aussi une période de questionnement sur votre passion équestre, j'espère que ces réflexions pourront vous aider à vous sentir moins seul.

Pour pratiquer à ton rythme

  • Le programme en ligne Équitation Sophrologique
    Un accompagnement progressif pour développer la conscience corporelle, la régulation émotionnelle et la qualité de présence à cheval.

  • Le livre Équitation Consciente
    Pour approfondir ces notions de fluidité et de fonctionnement, comprendre les liens entre psychisme, corps et relation au cheval, et nourrir une pratique plus alignée.

Pour vivre l’expérience sur le terrain

  • Organiser un stage dans ton écurie
    Pour offrir à tes cavaliers ou élèves une expérience immersive, concrète et transformatrice, au plus près de leurs ressentis et de leurs chevaux.

  • Le stage immersif Équitation Sophrologique – Vierzon du 28 au 30 mai 2027
    Trois jours pour ralentir, ressentir, observer l’égo à l’œuvre et explorer une autre manière d’être à cheval, dans un cadre sécurisant et profondément humain.

Pour les enseignants d’équitation

  • Formation professionnelle Enseignant Équitation Sophrologique – 2027/2028
    Une formation destinée aux enseignants souhaitant intégrer durablement la Sophrologie dans leurs enseignements d'équitation, pour relier maîtrise technique, conscience corporelle, préparation mentale et gestion émotionnelle en équitation.

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